Randonner à Tenerife, ce n’est pas seulement marcher entre coulées de lave, pins canariens et crêtes battues par les alizés. L’île concentre, sur un territoire restreint, des écosystèmes très contrastés : haute montagne autour du Teide, forêts humides d’Anaga, ravins secs, falaises côtières et zones de maquis. Leur beauté tient aussi à leur vulnérabilité.
L’enjeu d’une randonnée écologique n’est pas de renoncer à explorer, mais de choisir un itinéraire, un mode d’accès et des gestes compatibles avec le lieu. Du départ de l’hébergement au nettoyage des chaussures après la marche, chaque décision compte davantage dans une île soumise à une forte fréquentation touristique et à des ressources naturelles limitées.
Comprendre la fragilité des paysages de Tenerife
La diversité de Tenerife est liée à ses forts contrastes d’altitude, d’exposition au vent et d’humidité. En quelques kilomètres, on peut passer d’un littoral aride à une forêt enveloppée de brume, puis à un paysage d’altitude presque minéral. Ces milieux ne réagissent pas tous de la même manière au piétinement, à l’érosion ou à la présence humaine.
Les espaces protégés, comme le parc national du Teide, les massifs d’Anaga et de Teno ou certains secteurs côtiers, ne sont pas des décors figés. Ce sont des habitats vivants, où poussent des plantes endémiques et où se reproduisent des oiseaux, des reptiles et de nombreux invertébrés. Une règle simple s’applique partout : si un geste modifie le milieu, il vaut mieux s’en abstenir.
| Milieu | Fragilités principales | Gestes adaptés |
|---|---|---|
| Haute altitude et caldeira du Teide | Végétation rare, sols meubles, vent, amplitudes thermiques et fréquentation concentrée | Ne jamais couper les lacets, ne pas ramasser de pierre ni de fleur, rester sur les chemins même lorsque le sol paraît nu |
| Laurisilva et forêts humides d’Anaga | Mousses, sols humides, racines apparentes, brouillard et ruissellement | Marcher au centre du sentier, éviter les bas-côtés boueux, réduire le bruit et ne pas se baigner ou se laver dans les cours d’eau |
| Ravins, zones sèches et littoral | Érosion, plantes adaptées à la sécheresse, falaises et habitats de nidification | Ne pas déplacer les pierres, respecter les clôtures et les distances avec les falaises, garder son chien sous contrôle si le site l’autorise |
| Pinèdes et espaces boisés | Risque d’incendie, sols sensibles après la pluie et régénération forestière | Aucune flamme, aucun mégot, pas de cuisson sauvage ; suivre sans délai les fermetures temporaires |
Préparer une randonnée à faible impact
L’empreinte écologique d’une randonnée se joue largement avant le premier pas. Un itinéraire choisi à la dernière minute pousse souvent à multiplier les déplacements motorisés, à acheter de l’eau ou des encas emballés et à s’aventurer sur un parcours mal connu. À l’inverse, prévoir une journée cohérente permet de limiter les ressources consommées sans compliquer le séjour.
Concevoir une sortie cohérente de A à Z
- Choisissez un sentier adapté à votre niveau, à la météo et au temps disponible, plutôt qu’un objectif ambitieux qui inciterait à accélérer ou à improviser.
- Regroupez les départs proches sur une même zone géographique et privilégiez, lorsque les horaires le permettent, le réseau de transport interurbain, une navette autorisée ou le covoiturage.
- Emportez une gourde ou une poche à eau, des aliments en vrac ou dans des contenants réutilisables, et un sac dédié aux déchets.
- Préparez une couche chaude, une protection solaire, une veste imperméable et une lampe selon le parcours : le climat peut changer vite avec l’altitude.
- Vérifiez les réservations ou autorisations nécessaires, en particulier pour les itinéraires réglementés et les accès très fréquentés autour du Teide.
Randonnée pensée en amont
- Départ accessible sans déplacement excessif ou voiture occupée à plusieurs
- Eau et ravitaillement préparés dans des contenants durables
- Trace téléchargée, horaires réalistes et solution de repli connue
- Impact réduit sur les sentiers, le budget et la sécurité
Randonnée improvisée
- Allers-retours en voiture pour trouver un accès ou un stationnement
- Achats de bouteilles et d’emballages jetables en cours de route
- Tentative de raccourci, retour tardif ou sortie hors itinéraire
- Risque accru de dégradation, de déchets et d’intervention de secours
Il est également préférable de séjourner plusieurs nuits dans une même zone plutôt que de traverser l’île chaque jour. Cette organisation réduit les trajets et donne le temps de découvrir des parcours moins connus, hors des heures les plus chargées. Si la voiture reste nécessaire, remplissez-la, stationnez uniquement dans les emplacements prévus et évitez de rouler sur les accotements ou les pistes non ouvertes à la circulation.
Sur le sentier : appliquer le principe de ne rien laisser
Le principe de randonnée sans trace ne se résume pas à ramasser une bouteille vide. Il suppose de ne pas créer de nouveaux passages, de ne pas introduire de nourriture dans la chaîne alimentaire et de ne pas transformer le paysage pour son confort ou sa photo. À Tenerife, les sols secs et volcaniques peuvent conserver longtemps l’empreinte d’un passage répété.
Sentiers, déchets et eau : les gestes qui font la différence
- Restez sur le tracé, même pour laisser passer un autre groupe : faites un pas de côté seulement là où le sentier est suffisamment large et stable.
- N’empilez pas de pierres pour créer des cairns décoratifs. Ces assemblages perturbent le sol, peuvent tromper les marcheurs et dénaturent le site.
- Rapportez tous vos déchets, y compris les épluchures, noyaux, sachets de thé, mouchoirs et déchets organiques. Leur dégradation n’est ni immédiate ni neutre.
- Ne jetez rien dans les ravins, même si le déchet semble invisible depuis le chemin. Le vent et le ruissellement le disperseront plus loin.
- Utilisez les toilettes disponibles au départ ou à l’arrivée. En l’absence d’installation, éloignez-vous des sentiers, de l’eau et des zones de passage, conformément aux règles du site, puis emportez le papier hygiénique dans un sachet fermé.
- Ne vous lavez pas dans une source, une mare ou un ruisseau, et n’y versez ni savon, ni produit solaire, ni désinfectant.
L’eau mérite une attention particulière sur une île où elle est précieuse. Prévoyez votre quantité dès le départ selon la durée, le dénivelé, l’exposition et la chaleur. Remplissez vos contenants à l’hébergement ou à des points identifiés comme potables ; ne comptez pas sur les ressources naturelles rencontrées sur le parcours. Une eau claire n’est pas nécessairement propre à la consommation, et les prélèvements répétés fragilisent les milieux.
Observer la faune et la flore sans les perturber
Voir un lézard se chauffer au soleil, entendre des oiseaux dans les ravins ou découvrir les fleurs adaptées à l’altitude fait partie de l’expérience. La meilleure observation reste cependant celle qui ne modifie pas le comportement de l’animal. Si l’animal fuit, se tait, change de direction ou semble surveiller votre présence, vous êtes trop proche.
Ne nourrissez jamais la faune, même avec des restes qui vous paraissent inoffensifs. Ce geste crée une dépendance, modifie les comportements et peut attirer les animaux vers les zones fréquentées. De même, ne cueillez pas de plante, ne prélevez ni graines ni roches et ne soulevez pas les pierres : elles servent souvent d’abri à une petite faune difficile à repérer.
Photographier sans transformer le lieu
Pour une photo, privilégiez le zoom plutôt que l’approche. Ne sortez pas du chemin pour obtenir un meilleur angle, ne déplacez pas d’élément naturel et n’utilisez pas d’appât. Évitez aussi de publier en temps réel la position exacte d’un nid, d’une plante rare ou d’un point d’observation confidentiel : la géolocalisation peut concentrer une fréquentation indésirable sur un espace minuscule.
Réglementation, sécurité et dépenses utiles
Le respect des règles locales est une composante directe de l’écologie. Certaines portions de sentier peuvent être soumises à réservation, à des quotas, à des horaires ou à une interdiction temporaire. L’accès aux secteurs les plus sensibles, notamment certains parcours proches du sommet du Teide, peut être encadré. Il faut donc vérifier les conditions actualisées auprès des autorités compétentes, du parc concerné ou du cabildo avant le départ, plutôt que de se fier à un ancien blog ou à une trace partagée.
Faire appel à un guide local pour une randonnée technique, un ravin isolé ou une découverte naturaliste peut être un choix pertinent. Au-delà de l’orientation, un professionnel sérieux explique les règles, adapte l’allure au groupe et canalise la fréquentation sur les secteurs appropriés. Préférez les structures transparentes sur la taille des groupes, le respect des accès autorisés et leur connaissance du terrain.
| Poste | Option à privilégier | Ordre de grandeur prudent |
|---|---|---|
| Accès aux sentiers | Itinéraires balisés et réglementés préparés à l’avance | Souvent gratuit, mais une réservation peut être obligatoire selon le secteur |
| Transport local | Bus, covoiturage ou transfert partagé pour limiter les véhicules | Environ 5 à 35 € par personne et par journée selon les correspondances et distances |
| Voiture partagée | À réserver aux départs mal desservis et à remplir autant que possible | Environ 30 à 90 € par jour avant variations liées à l’assurance, au carburant et à la saison |
| Randonnée guidée en groupe | Guide local déclaré pour un itinéraire technique ou réglementé | Environ 35 à 100 € par personne, selon durée, transfert et matériel inclus ou non |
Prolonger son engagement après la randonnée
Au retour, secouez et nettoyez vos chaussures, bâtons et semelles avant de changer de massif ou d’île : cette précaution limite le transport involontaire de graines, de boue ou de micro-organismes. Triez les déchets dans les filières prévues à votre hébergement et signalez, si besoin, une dégradation, un dépôt sauvage ou une signalisation dangereuse à l’organisme gestionnaire.
Enfin, soutenir les commerces de proximité, choisir des hébergements engagés dans une gestion raisonnable de l’eau et rester plus longtemps plutôt que d’enchaîner les allers-retours contribue à une forme de tourisme plus cohérente. La randonnée durable à Tenerife n’exige pas la perfection : elle demande de prendre conscience de son passage et de laisser le terrain dans le même état, ou meilleur, que celui dans lequel on l’a trouvé.