Les clés sont rendues, l'état des lieux de sortie est signé, et rien n'arrive. Six semaines plus tard, le bailleur reste silencieux, ou annonce une retenue de plusieurs centaines d'euros pour des « travaux de remise en état » dont personne n'a vu la facture. C'est l'un des litiges locatifs les plus fréquents, et l'un des plus mal défendus : beaucoup de locataires ignorent que le délai de restitution est fixé par la loi, que la pénalité de retard est automatique, et que le bailleur doit prouver chacune de ses retenues.
Le cadre applicable est celui de la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs, modifiée par la loi ALUR de 2014. Il vise les logements loués à titre de résidence principale, vides ou meublés. Ce qui suit décrit le mécanisme complet : point de départ du délai, retenues admissibles, calcul de la pénalité et voies de recours, du courrier de mise en demeure jusqu'au juge.
Quel délai s'applique, et à partir de quand
Deux délais coexistent, et c'est l'état des lieux de sortie qui détermine lequel s'applique. Si ce document est conforme à l'état des lieux d'entrée, autrement dit si aucune dégradation imputable au locataire n'a été relevée, le bailleur dispose d'un mois pour restituer l'intégralité du dépôt. S'il existe des différences, le délai passe à deux mois, le temps de chiffrer les réparations.
Le point de départ est souvent mal compris : le compte à rebours démarre à la restitution des clés, et non à la date d'échéance du préavis ou de fin du bail. Un locataire qui quitte les lieux le 15 mais ne remet ses clés que le 30 décale d'autant son délai. Cette remise doit pouvoir être datée : en main propre contre récépissé, lors de l'état des lieux de sortie, ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Un trousseau glissé dans une boîte aux lettres ne prouve rien.
| Situation | Délai légal | Point de départ |
|---|---|---|
| État des lieux de sortie conforme à celui d'entrée | 1 mois | Remise des clés |
| État des lieux de sortie faisant apparaître des différences | 2 mois | Remise des clés |
| Logement en immeuble collectif, charges non régularisées | Solde sous 1 ou 2 mois, provision de 20 % maximum conservée | Arrêté annuel des comptes de copropriété |
| Absence d'état des lieux de sortie du fait du bailleur | 1 mois (logement présumé rendu en bon état) | Remise des clés |
| Retard de restitution | Majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois entamé | Expiration du délai applicable |
Ce que le bailleur peut légitimement retenir
Le dépôt de garantie couvre les sommes dont le locataire reste redevable en fin de bail. La liste est limitée, et chaque poste obéit à ses propres règles de preuve.
- Les loyers et charges impayés, y compris le solde du dernier mois si l'occupation a été partielle.
- Les réparations locatives non effectuées : celles qui incombent au locataire pendant toute la durée du bail (joints, petites fournitures, entretien courant des équipements).
- Les dégradations imputables au locataire, à condition qu'elles apparaissent dans la comparaison entre les deux états des lieux.
- Le solde de régularisation des charges, une fois les comptes de l'immeuble arrêtés.
- Les éventuelles indemnités d'occupation, si le locataire s'est maintenu dans les lieux au-delà du terme.
Une retenue non justifiée est une retenue contestable. Le bailleur doit joindre au décompte les pièces correspondantes : devis ou facture pour des travaux, état des lieux comparatif, décompte de charges accompagné des justificatifs, courrier de relance pour un impayé. Un simple montant porté sur un courrier, sans document annexé, ne suffit pas, c'est précisément le point sur lequel la plupart des dossiers se gagnent. La question du partage des charges entre bailleur et locataire mérite d'être vérifiée poste par poste avant d'accepter un décompte.
La vétusté : la frontière décisive
Une moquette de dix ans usée aux passages, une peinture jaunie par le temps, un joint de robinet fatigué : rien de tout cela n'est une dégradation. C'est de la vétusté, c'est-à-dire l'usure normale résultant d'un usage conforme. Elle est à la charge du bailleur, sans exception. La distinction se joue sur la nature de l'atteinte : une tache d'encre, un trou dans une cloison, une vitre brisée relèvent du locataire ; l'affaissement d'un revêtement, la décoloration progressive, la fatigue d'un équipement ancien relèvent du propriétaire.
Le bail peut prévoir l'application d'une grille de vétusté, qui affecte à chaque élément une durée de vie théorique et un abattement annuel. Une peinture dotée d'une durée de vie de dix ans et refaite six ans avant le départ ne peut alors être refacturée qu'à hauteur d'une fraction de son coût. En l'absence de grille contractuelle, la vétusté reste opposable au bailleur, mais son évaluation devient une question d'appréciation, d'où l'intérêt de photographies datées à l'entrée comme à la sortie.
À la charge du locataire
- Trous, fissures et enfoncements dans les cloisons
- Taches indélébiles sur un sol ou un mur récent
- Équipement cassé ou manquant par rapport à l'état des lieux d'entrée
- Logement rendu insuffisamment nettoyé
- Réparations locatives d'entretien courant non faites
À la charge du bailleur (vétusté)
- Peinture jaunie ou ternie par le temps
- Revêtement de sol usé aux zones de passage
- Joints et flexibles en fin de vie normale
- Volets, robinetterie ou chaudière vieillissants
- Défauts déjà consignés à l'entrée
La retenue de 20 % en copropriété
En immeuble collectif, les charges réelles ne sont connues qu'après l'arrêté annuel des comptes de la copropriété, souvent plusieurs mois après un départ. La loi autorise donc le bailleur à conserver une provision plafonnée à 20 % du dépôt de garantie jusqu'à cet arrêté, le solde des 80 % devant être versé dans le délai normal d'un ou deux mois.
Trois précisions importantes. D'abord, ce n'est pas un délai supplémentaire pour l'ensemble du dépôt : garder la totalité en invoquant les charges est irrégulier. Ensuite, la régularisation définitive doit intervenir dans le mois qui suit l'approbation des comptes de l'exercice. Enfin, les parties peuvent convenir d'une régularisation anticipée sur la base du dernier décompte connu, ce qui solde le dossier immédiatement, une option souvent acceptée lorsque le locataire la propose par écrit.
La pénalité de retard : automatique et cumulative
Passé le délai applicable, le montant dû au locataire est majoré de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé. Le mécanisme est automatique : il ne suppose ni faute prouvée, ni préjudice démontré, ni mise en demeure préalable. Chaque mois entamé compte en entier.
Pour un loyer de 750 € hors charges et un dépôt de 750 €, un retard de quatre mois ajoute 4 × 75 €, soit 300 € : le bailleur doit alors 1 050 €. La progression est rapide, et c'est souvent le simple rappel chiffré de cette majoration, dans un courrier recommandé, qui débloque une restitution. La pénalité n'est en revanche pas due si le retard tient au fait que le locataire n'a pas communiqué sa nouvelle adresse.
| Retard après expiration du délai | Pénalité cumulée | Total dû au locataire |
|---|---|---|
| Moins d'un mois entamé | 75 € | 825 € |
| 2 mois | 150 € | 900 € |
| 4 mois | 300 € | 1 050 € |
| 6 mois | 450 € | 1 200 € |
| 12 mois | 900 € | 1 650 € |
Les recours, dans l'ordre
La progression est graduée, et il vaut mieux la respecter : chaque étape laisse une trace écrite qui servira à la suivante.
- Relance simple, par courriel ou courrier, rappelant la date de remise des clés et le délai applicable. Beaucoup de retards sont de la négligence, pas de la mauvaise foi.
- Mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception : rappelez le montant du dépôt, la date de remise des clés, le délai légal, la pénalité de 10 % par mois entamé, et fixez un délai de réponse de quinze jours. C'est la pièce maîtresse du dossier.
- Tentative de résolution amiable : commission départementale de conciliation, conciliateur de justice ou médiation. Ces démarches sont gratuites et, pour les litiges de faible montant, un préalable amiable est en principe exigé avant la saisine du juge.
- Saisine du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu du logement. La procédure est accessible sans avocat, et l'action en restitution du dépôt se prescrit par trois ans.
Constituez le dossier au fur et à mesure : bail, quittances, les deux états des lieux, photographies datées, preuve de la remise des clés, échanges écrits et accusés de réception. Comme pour un sinistre entre voisins, l'issue dépend moins de la bonne foi affichée que des pièces produites. Le réflexe de conserver ses documents suffisamment longtemps prend ici tout son sens : trois ans après le départ, un dossier reste utilisable.
Anticiper : ce qui se joue avant le départ
L'essentiel du litige se prépare des semaines avant la remise des clés. Relisez l'état des lieux d'entrée : il fixe la référence, et tout défaut qui y figure ne pourra pas vous être imputé. Photographiez chaque pièce à la sortie, en pleine lumière, avec le même cadrage qu'à l'entrée si vous disposez des clichés d'origine. Effectuez les réparations locatives qui vous incombent, un joint de silicone à reprendre coûte quelques euros et se facture bien plus cher sur un devis d'entreprise.
Le jour de l'état des lieux de sortie, prenez le temps de lire le document avant de signer et faites porter vos observations sur l'exemplaire lui-même. Une réserve manuscrite pèse davantage qu'une contestation formulée trois semaines plus tard. Si le bailleur refuse d'établir l'état des lieux ou ne se présente pas, faites-le constater : l'absence de document contradictoire joue en faveur du locataire, le logement étant alors présumé rendu en bon état. Pour le reste, un rappel des responsabilités respectives du bailleur et du locataire évite bien des désaccords de fin de bail.
Un dépôt de garantie n'est pas une provision discrétionnaire : c'est une somme du locataire, que le bailleur détient et doit rendre, sauf à justifier précisément de ce qu'il en retient.
, Principe directeur de la loi du 6 juillet 1989