Quand un salarié est en arrêt maladie, l'Assurance maladie verse des indemnités journalières (IJ) destinées à compenser une partie de la perte de salaire. Le premier versement n'est pourtant jamais immédiat : il dépend de plusieurs étapes, dont certaines ne relèvent ni du salarié ni de sa caisse, mais de l'employeur.

Comprendre ce circuit permet de savoir si le délai est normal, de repérer le maillon qui bloque, et d'agir au bon endroit plutôt que de multiplier les appels sans résultat. Les règles ci-dessous concernent les salariés du régime général ; les fonctionnaires, indépendants et travailleurs agricoles relèvent de dispositifs différents.

Le circuit d'un premier versement

Pour verser des IJ, la caisse doit disposer de deux informations : la preuve de l'arrêt, transmise par le médecin ou le salarié, et le montant des salaires antérieurs, transmis par l'employeur. Tant que l'une manque, le dossier reste en attente.

  1. Le médecin prescrit l'arrêt : le plus souvent en ligne, l'avis arrive alors directement à la caisse. Sur papier, le salarié doit envoyer les volets à sa caisse et à son employeur dans les 48 heures.
  2. L'employeur transmet l'attestation de salaire, aujourd'hui principalement via la déclaration sociale nominative (DSN) ou un signalement dédié.
  3. La caisse vérifie les droits : durée de travail ou montant des cotisations sur la période de référence.
  4. La caisse calcule et verse les IJ, puis les paie ensuite à intervalles réguliers, souvent tous les 14 jours, tant que l'arrêt dure.

Les causes de retard les plus fréquentes

CauseComment la repérerQue faire
Attestation de salaire non transmiseCompte en ligne : dossier en attente d'éléments employeurRelancer le service RH ou paie, demander la date d'envoi
Subrogation en placeSalaire maintenu sur la fiche de paie, mention de subrogationRien à faire : l'employeur perçoit les IJ à votre place
Avis d'arrêt envoyé hors délaiArrêt papier envoyé après 48 heuresEnvoyer sans attendre, et justifier le retard si possible
Conditions d'ouverture des droits non rempliesCourrier de refus de la caisseVérifier les heures ou cotisations, contester si erreur
Arrêt de moins de 4 joursArrêt couvrant uniquement la période de carenceNormal : aucune IJ due par la caisse
Changement de situation récentNouvel emploi, changement de caisse, déménagementVérifier que la bonne caisse a reçu le dossier
Coordonnées bancaires absentes ou erronéesVersement annoncé mais non reçuMettre à jour le RIB sur le compte en ligne
Indemnités journalières non versées : causes et solutions

L'attestation de salaire, premier suspect

C'est de loin la cause de retard la plus courante. Sans les salaires des mois précédant l'arrêt, la caisse ne peut ni vérifier les droits ni calculer le montant. Un service paie débordé, une petite entreprise peu habituée aux démarches ou un arrêt survenu en fin de mois peuvent retarder la transmission. Demandez simplement à votre employeur si et quand le signalement a été fait : c'est souvent la relance la plus efficace.

La subrogation, qui change tout

Beaucoup d'entreprises, en vertu de leur convention collective ou par choix, maintiennent le salaire pendant l'arrêt. Dans ce cas, elles demandent à percevoir directement les IJ : c'est la subrogation. Le salarié ne reçoit alors rien de la caisse, et c'est normal. Le bulletin de paie en fait généralement mention, avec une ligne de retenue pour absence et une ligne d'IJ ou de maintien de salaire.

Avec subrogation

  • L'employeur maintient tout ou partie du salaire
  • La caisse verse les IJ à l'employeur
  • Aucun versement direct sur le compte du salarié
  • Revenu plus régulier pendant l'arrêt

Sans subrogation

  • La caisse verse les IJ directement au salarié
  • L'employeur peut verser un complément séparé
  • Premier versement décalé de quelques semaines
  • Bulletin de paie réduit le mois de l'arrêt

Les conditions pour avoir droit aux IJ

Pour un arrêt de moins de six mois, le salarié doit justifier, dans les mois précédant l'arrêt, d'un minimum d'heures travaillées ou d'un minimum de salaire cotisé. Les seuils de référence portent sur une période de trois mois pour les heures (150 heures) ou de six mois pour les cotisations (un montant indexé sur le SMIC horaire). Pour un arrêt plus long, les conditions sont plus exigeantes et s'apprécient sur douze mois. Un contrat récent, des temps partiels courts ou des périodes sans activité peuvent donc expliquer un refus.

Les recours, dans l'ordre

  1. Consulter son compte en ligne : l'état du dossier, les paiements et les pièces manquantes y apparaissent. Si vous ne parvenez pas à y accéder, notre article sur les difficultés de création du compte en ligne peut vous aider.
  2. Relancer l'employeur pour l'attestation de salaire, par écrit si possible.
  3. Écrire à la caisse via la messagerie du compte en ligne, en indiquant les dates d'arrêt et votre numéro de sécurité sociale.
  4. Saisir le conciliateur de la caisse si le blocage persiste ou si les réponses sont contradictoires.
  5. Contester une décision de refus devant la commission de recours amiable, dans le délai indiqué sur le courrier de refus, généralement deux mois.

Pendant l'arrêt, pensez aussi à votre complémentaire santé et à votre éventuel contrat de prévoyance : certains contrats versent un complément de revenu, avec leurs propres délais d'attente, comme on le voit pour le délai de carence d'une mutuelle santé.

Questions fréquentes

Quel est le délai normal pour recevoir les premières indemnités journalières ?
Il faut généralement compter deux à quatre semaines après le début de l'arrêt, une fois que la caisse a reçu l'avis d'arrêt et l'attestation de salaire. Au-delà d'un mois sans versement ni explication, une relance se justifie.
Pourquoi n'ai-je rien reçu pour un arrêt de trois jours ?
Les trois premiers jours d'un arrêt maladie constituent en principe un délai de carence non indemnisé par l'Assurance maladie. Un arrêt de trois jours ou moins ne donne donc lieu à aucune IJ de la caisse, sauf exceptions, mais l'employeur peut prévoir une prise en charge par accord ou convention collective.
Mon employeur refuse-t-il de transmettre l'attestation de salaire ?
La transmission est une obligation de l'employeur. Un retard tient le plus souvent à un oubli ou à une surcharge. Relancez par écrit ; si rien ne bouge, signalez-le à votre caisse, qui peut contacter l'employeur, et le cas échéant à l'inspection du travail.
Les indemnités journalières sont-elles imposables ?
Les IJ versées pour une maladie ordinaire sont imposables et soumises à certains prélèvements sociaux. Celles liées à une affection de longue durée sont exonérées d'impôt sur le revenu. Le montant imposable figure sur les relevés de la caisse.
Que se passe-t-il en cas de prolongation de l'arrêt ?
La prolongation est transmise de la même façon que l'arrêt initial. Si elle suit sans interruption, aucun nouveau délai de carence ne s'applique, et les versements se poursuivent au même rythme.