Trois mois de loyer à payer alors que l'on a déjà trouvé un nouveau logement : c'est la situation que redoutent de nombreux locataires d'un logement loué vide. Le délai de préavis de droit commun est en effet de trois mois. Mais la loi du 6 juillet 1989, qui encadre les baux d'habitation, prévoit une série de situations dans lesquelles ce délai est réduit à un mois.

Encore faut-il entrer dans l'un de ces cas, et surtout le faire valoir correctement. Depuis 2015, le locataire doit préciser le motif dans sa lettre de congé et joindre le justificatif au moment de l'envoi. À défaut, le préavis de trois mois s'applique, même si le motif existait bel et bien.

Les cas qui ouvrent droit au préavis d'un mois

La liste est fixée par l'article 15 de la loi de 1989. Elle est limitative : un motif qui n'y figure pas, comme un achat immobilier, une séparation ou un départ à la retraite, ne réduit pas le préavis, sauf si le logement se trouve en zone tendue.

SituationPrécisionsJustificatif habituel
Logement situé en zone tendueCommune listée par décret, quel que soit le motif du départMention de la zone tendue dans la lettre (aucune pièce spécifique en principe)
Obtention d'un premier emploiCDI, CDD ou contrat d'intérim, dès lors qu'il s'agit du premier emploiContrat de travail ou promesse d'embauche
Mutation professionnelleChangement de lieu de travail chez le même employeurAttestation ou lettre de l'employeur
Perte d'emploiLicenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD, selon les casLettre de licenciement, attestation France Travail, fin de contrat
Nouvel emploi consécutif à une perte d'emploiRetour à l'emploi après une période de chômageNouveau contrat et preuve de la perte d'emploi antérieure
État de santéSanté justifiant un changement de domicileCertificat médical le mentionnant
Bénéficiaire du RSA ou de l'AAHAllocation perçue au moment du congéAttestation de la CAF ou de la MSA
Attribution d'un logement socialLogement conventionné attribué au locataireCourrier d'attribution du bailleur social
Préavis réduit à un mois : motifs et justificatifs à joindre

Les points qui font débat

Démission et rupture conventionnelle

La démission n'est pas une perte d'emploi au sens de la loi : elle ne permet pas, à elle seule, le préavis réduit. La rupture conventionnelle, en revanche, est généralement admise comme une perte d'emploi. La fin d'un CDD est le plus souvent acceptée, à condition de la justifier. En cas de doute, joindre les documents les plus explicites possible limite le risque de contestation.

Mutation demandée par le salarié

La loi ne distingue pas selon que la mutation est imposée par l'employeur ou sollicitée par le salarié. Les juges admettent généralement les deux, dès lors qu'il s'agit bien d'un changement d'affectation chez le même employeur. Un changement d'employeur, en revanche, n'est pas une mutation.

Le lien de temps avec le départ

La loi n'impose pas de délai maximal entre l'événement et le congé, mais le motif doit être réel et actuel au moment de l'envoi. Invoquer une perte d'emploi datant de plusieurs années, suivie d'une reprise d'activité, expose à une contestation du bailleur.

Ouvre droit au préavis d'un mois

  • Logement en zone tendue, quel que soit le motif
  • Mutation, y compris demandée par le salarié
  • Licenciement ou rupture conventionnelle
  • Certificat médical justifiant le déménagement
  • Attribution d'un logement social

N'ouvre pas droit (hors zone tendue)

  • Achat d'un logement
  • Démission
  • Séparation ou divorce
  • Départ à la retraite
  • Changement d'employeur sans perte d'emploi préalable

Envoyer le congé correctement

Le congé du locataire peut être délivré de trois façons : par lettre recommandée avec avis de réception, par acte de commissaire de justice, ou par remise en main propre contre récépissé ou émargement. Le délai de préavis démarre à la réception par le bailleur : un courrier recommandé non retiré peut donc retarder le point de départ.

  1. Indiquer clairement votre intention de mettre fin au bail et l'adresse du logement.
  2. Mentionner explicitement le motif du préavis réduit, en reprenant les termes de la loi (par exemple « perte d'emploi » ou « logement situé en zone tendue »).
  3. Joindre une copie du justificatif correspondant.
  4. Préciser la date de fin de préavis que vous en déduisez et proposer une date pour l'état des lieux de sortie.
  5. Conserver une copie de la lettre, du justificatif et de l'avis de réception.

Loyer, charges et fin du bail

Pendant le préavis, le locataire reste redevable du loyer et des charges, calculés au prorata jusqu'à la date de fin du préavis. Il peut quitter les lieux avant, mais le loyer reste dû, sauf si un nouveau locataire entre dans le logement avec l'accord du bailleur avant la fin du délai. L'occasion aussi de faire le point sur la régularisation des charges locatives, qui peut intervenir après le départ.

Questions fréquentes

Le bailleur peut-il refuser un préavis d'un mois ?
Il ne peut pas refuser si le motif figure dans la liste légale et qu'il est justifié dans la lettre de congé. Il peut en revanche contester un justificatif insuffisant ou un motif qui ne correspond pas à la loi. En cas de désaccord persistant, la commission départementale de conciliation peut être saisie gratuitement.
En colocation, le préavis réduit s'applique-t-il à tous ?
Le préavis est propre à chaque colocataire qui donne congé. Celui qui remplit une condition légale peut bénéficier d'un mois, les autres restent soumis au délai de droit commun s'ils partent à leur tour. Attention aussi à la clause de solidarité, qui peut prolonger les obligations du partant.
Le délai d'un mois court-il à partir de l'envoi ou de la réception ?
À partir de la réception par le bailleur : date de signature de l'avis de réception, de l'acte de commissaire de justice, ou de la remise en main propre.
Faut-il un justificatif pour la zone tendue ?
Le motif doit être mentionné dans la lettre, mais la situation du logement en zone tendue résulte d'un décret public : aucune pièce personnelle n'est en principe exigée. Citer la commune et la réglementation applicable reste une bonne pratique.
Et en location meublée ?
Le préavis du locataire est toujours d'un mois en location meublée, sans motif ni justificatif. Les règles du préavis réduit ne concernent que les logements loués vides.
Peut-on invoquer un motif apparu après l'envoi du congé ?
Pas pour le congé déjà délivré. Il faut envoyer un nouveau congé mentionnant le motif et le justificatif ; le délai d'un mois court alors à partir de la réception de ce nouveau courrier, si cela reste plus avantageux que le préavis initial.